L’art-thérapie peut-elle aider à prévenir et accompagner le burnout ?

Natacha PIROTTE | 21 Novembre 2016.

L’art-thérapie peut-elle aider à prévenir et accompagner le burnout ? La médiation artistique présente un intérêt certain car elle permet à l’individu de mobiliser à la fois ses ressources perceptives, émotionnelles, intuitives et mentales. Créer devient un moyen de s’exprimer, de mieux se connaitre, de se rapprocher de soi et de se réparer. Différentes études mettent en évidence l’efficacité de l’art thérapie.


Burnout Cartoon

 

Le burnout, qui n’en a pas entendu parler ? Et pour cause, des études récentes montrent que le phénomène est en croissance et elles donnent à voir des chiffres plutôt alarmant. L’étude de Securex1  publié en février 2015 montre que deux tiers des travailleurs interrogés seraient en phase d’alarme, un quart serait déjà en mode résistance, confronté à des troubles physiques et psychiques importants et un dixième serait en état avéré de burnout.  
 
En 2015, la Belgique a compté 335 000 travailleurs malades de longue durée, soit 8% des personnes actives. Parmi ceux-ci, un tiers souffrirait de burnout. Cette situation coûte cher à la Sécurité Sociale mais aussi aux entreprises.
Devant le développement de ce phénomène, une nouvelle législation a été mise en place dès septembre 2014. Celle-ci reconnait le burnout comme risque psycho-social et contraint les employeurs à prendre des mesures préventives. 

Burnout - définition et symptômes

 

Le burnout est lié à la sphère professionnelle et se caractérise par un état d’épuisement général. Les «batteries» sont vides et l’individu n’arrive plus à les recharger. Le burnout est corrélé au stress et il survient quand la personne est restée exposée trop longtemps à des circonstances trop stressantes. Le burnout c’est un peu la maladie du « trop »2.

Le stress en soi est pourtant un phénomène naturel. Ses mécanismes biologiques et psychologiques ont pour premier objectif de nous mettre dans le meilleur état physique et mental pour faire face à une situation difficile et ainsi nous aider à nous y adapter au mieux. Le stress nous est donc fondamentalement utile, à cette seule condition que ses mécanismes soient déclenchés à bon escient et dans des limites acceptables…et qu’aux situations stressantes succèdent des périodes de récupération.

Le burnout est donc l’apogée d’une trop longue exposition au stress sans possibilité de se ressourcer. « Il résulte en quelque sorte d’un manque d’harmonie, d’un décalage continuel entre l’individu et son environnement de travail qui le force constamment à dépenser de l’énergie pour s’adapter. »3.

Burnout Phases

Ce syndrome d’épuisement s’accompagne d’une série de symptômes. La littérature distingue trois grandes composantes : l'épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et enfin, la diminution du sens de l'accomplissement et de la réalisation de soi4.

L’épuisement se caractérise par la sensation d'être « vidé », « au bout du rouleau ». L’individu a le sentiment de ne plus avoir les ressources pour affronter son travail. Cet épuisement émotionnel a aussi des répercussions sur le plan physique – l’individu somatise : troubles du sommeil, tensions musculaires, fatigue, palpitations,…. Et aussi sur le plan mental : perte d’humour, rigidité mentale, ruminations, volontarisme « il faut (tenir) », perte de concentration et trous de mémoire…

La dépersonnalisation est le fait que l’individu présente une attitude de plus en plus négative et détachée envers les personnes avec lesquelles il interagit habituellement dans son environnement professionnel (collègues, hiérarchie, clients, fournisseurs). Cette attitude peut se traduire par une susceptibilité accrue, des sarcasmes, une humeur dépressive, une tendance à l’isolement, à la froideur et peut aller jusqu’au cynisme voire à l'hostilité.

La diminution du sens de l'accomplissement et de la réalisation de soi est le fait que l'individu porte un regard particulièrement négatif et dévalorisant sur la plupart de ses accomplissements professionnels. Il se sent inutile et son estime de soi s'en ressent. Il peut développer un état anxieux et dépressif, et devenir incapable de faire face à ses obligations professionnelles malgré ses sentiments de culpabilité.

On peut voir venir le burnout pourvu qu’on soit suffisamment attentif aux signes avant-coureurs, d’où l’importance des démarches de sensibilisation et de prévention. Il est à noter que seul un médecin peut établir le diagnostic de burnout.

Les principales causes du burnout

Les origines de cette recrudescence du burnout seraient multifactorielles. Tout d’abord les causes liées à l’organisation de notre société : l’évolution de celle-ci vers des valeurs individualistes entrainant la perte de repères rassurants, de liens, de soutien; le culte de l’effort et de la réussite encourageant à s’investir toujours plus dans le travail avec en point de mire la recherche d’un statut social, de biens matériels et de confort, et en conséquence une perte de sens.

Mais aussi des raisons liées aux conditions de travail dans des organisations parfois très complexes: excès (ou manque) de charge de travail, sentiment «de ne pas être reconnu», absence de soutien de la hiérarchie, tensions entre collègues ou avec les clients, difficulté à identifier sa contribution personnelle, sentiment de perte de contrôle et d’autonomie, conflit de valeurs et de sens, travail dans l’urgence, évolution technologique mettant la pression sur la disponibilité du collaborateur et sur sa performance.

Et pour finir, on distingue aussi des causes individuelles. D’un individu à l’autre, les facteurs à l’origine du stress- les stresseurs - vont être différents ainsi que la manière d’y répondre. Le parcours de vie joue aussi un rôle essentiel et certaines personnes seront plus susceptibles de se retrouver en situation de burnout. Les personnes motivées, engagées, plaçant la barre haut, perfectionnistes, prenant sur elles-mêmes, en attente très forte de reconnaissance extérieure, s’identifiant beaucoup à leur profession, facilement anxieuses, voulant plaire à tout le monde sont des personnes plus fragiles par rapport au risque de burnout.

 

Pistes de travail face au burnout : sensibiliser, prévenir et réparer

Face au processus du burnout, on entrevoit plusieurs mesures temporelles: celles visant à informer et à sensibiliser les collaborateurs et le management, celles visant à prévenir le burnout chez les personnes à risque et enfin celles permettant d’accompagner les individus ayant atteint l’état d’épuisement.

Au niveau individuel, comme le burnout concerne les sphères physique, émotionnelle, mentale et relationnelle de l’individu, il apparait important que les mesures préventives et réparatrices adressent aussi chacun de ces domaines.

  • Sur le plan physique, on s’intéressera à la qualité de sommeil, au mode d’alimentation, à l’activité physique, à la tension musculaire, à la qualité de la respiration…en cherchant au cas par cas à aménager les modifications nécessaires pour relâcher la tension et recharger la batterie physique. Pour certains, cela passera par un retour au corps, une prise de conscience des tensions, par un travail sur la respiration, par aménager des plages de relaxation, pour d’autres par un changement d’habitudes alimentaires.
  • Sur le plan émotionnel, on cherchera à apprivoiser les émotions présentes (anxiété, culpabilité, ressentiment, tristesse), à les déposer, à prendre conscience des besoins qu’elles véhiculent et à satisfaire ceux-ci. Pour cela, on encouragera un retour à soi, une présence plus grande à ce qui se passe à l’intérieur de soi, une écoute fine de son ressenti. On veillera à observer et à accueillir les émotions sans jugement et à poser des actes pour prendre soin de ses besoins. On veillera aussi à recharger la batterie en vivant des émotions positives, en se faisant du bien.
  • Sur le plan mental, on cherchera à diminuer les ruminations, à déposer les pensées pour prendre distance et donner sens à ce qui se passe, à mettre à jour les croyances limitantes et les mécanismes répétitifs. On cherchera aussi à prendre conscience de ses forces et à accueillir ses failles et imperfections, à renforcer une saine estime de soi. On s’intéressera aussi aux valeurs, aux motivations profondes et à voir en quoi l’environnement professionnel est – ou pas – en adéquation avec celles-ci.
  • Sur le plan relationnel, on cherchera à comprendre sa manière d’être avec les autres, ce que l’on en attend, son rapport à l’autorité, aux pairs, sa manière de faire confiance, de collaborer, de mettre des limites, de recevoir du feedback et de communiquer ses besoins. On cherchera à identifier les scénarios répétitifs et ce qu’ils mettent en jeu.

Au niveau de l’entreprise, les conditions de travail devront être passées en revue et si nécessaire et possible adaptées. Pour les uns cela pourra se traduire par une adaptation de la charge de travail, une plus grande marge de manœuvre, pour d’autres par davantage de soutien de la hiérarchie, de feedback, ou encore en autorisant le travail à distance pour soulager la pression des navettes journalières. En cas d’arrêt de travail du collaborateur, les conditions permettant sa possible réinsertion devront aussi être discutées : reprise à temps partiel, aménagement de la fonction, ….

L’art thérapie, un outil de prévention et de réparation en cas de burnout

Burnout Art Therapie

 

Les mesures préventives et réparatrices peuvent prendre différentes formes - conférences, coaching individuel, ateliers, psychothérapie – et faire appel à différentes disciplines telles par exemple la méditation, le yoga, certaines approches en psychothérapie et en développement personnel.

La médiation artistique – aussi appelée art thérapie - est une de ces disciplines. Mais qu’entend-on par-là ? C’est le fait d’utiliser le processus créatif et les médias artistiques - tels la peinture, le collage, le modelage de la terre, le conte, etc – dans un objectif autre qu’esthétique. Le but visé est d’apporter un mieux-être à l’individu. Créer devient un moyen de s’exprimer, de mieux se connaitre, de se rapprocher de soi et de se réparer. L’art thérapie présente un intérêt certain car elle permet à l’individu de mobiliser à la fois ses ressources perceptives, émotionnelles, intuitives et mentales.

Elle se pratique en atelier de groupe ou en séance individuelle. Les participants sont encouragés à se mettre à l’écoute de leur ressenti, et à lui donner une forme, une couleur, une texture. Ils sont ensuite invités à s’en imprégner, à se laisser toucher par leur création et à établir des liens avec leur vécu. En offrant un moyen d’expression qui sollicite moins le mental au profit du ressenti et de l’inconscient, elle permet un décalage et crée un espace où de nouveaux possibles pourront se dévoiler. En plaçant la personne dans une démarche créative, elle lui permet de se reconnecter à sa propre créativité, de reprendre confiance en ses capacités à redevenir cré-acteur de sa vie.

Elle convient particulièrement bien aux personnes qui ont des difficultés à exprimer verbalement leur ressenti et/ou qui mentalisent beaucoup.

 

En quoi, l’art thérapie peut-elle être un outil de prévention et de réparation en cas de burnout ? Elle offre un cadre qui permet à la personne de se mettre en création, et d’explorer les thèmes suivants:

  • Se reconnecter à soi, prendre conscience de son ressenti et de son corps
  • Déposer ses pensées, les mettre à distance et ainsi les rendre moins prégnantes et plus faciles à gérer
  • Accueillir et auto-réguler ses émotions, se mettre à l’écoute de ses besoins et en prendre soin
  • Mieux se connaitre (faiblesses, stresseurs, schémas répétitifs, qualités, ressources, …) et ainsi permettre une meilleure harmonie avec soi-même
  • Prendre conscience de ce qui a mené au burnout, donner du sens à son histoire, envisager de nouvelles perspectives
  • Développer des attitudes protectrices et ressourçantes (équilibre vie privée/vie professionnelle ; mettre des limites ; signes de reconnaissance …)
  • Se projeter dans l’avenir, rebondir en repensant son projet professionnel.

Peu à peu, la personne arrive à discerner ce qui est bien pour elle, quand le « trop » est atteint. Elle prend conscience de l’influence de ses pensées sur son état émotionnel et apprend à intervenir au niveau de ses automatismes.

Burnout Renaissance

L’efficacité de l’art thérapie

Selon un rapport sur l’efficacité de l’art thérapie5 paru en 2000, plusieurs études ont démontré ses effets positifs dans la connaissance de soi et la reconstruction de l’estime de soi. Ceci a été confirmé par une étude conduite en 2005 par Hartz and Thick6.

Un rapport7 plus récent sur l’efficacité de l’art thérapie met en évidence ses bénéfices dans la gestion des émotions.

Une autre étude8 souligne que la pratique de l’art thérapie renforce les sentiments positifs, soulage la détresse et aide à clarifier les questions existentielles.

Dans le contexte particulier du burnout, on peut encore citer trois études :

  • La première9 s’intéresse aux professionnels du secteur palliatif et démontre qu’une approche d’accompagnement de ces professionnels par la médiation artistique pour prévenir le burnout est efficace sur les trois dimensions symptomatiques du burnout à savoir l’épuisement, la dépersonnalisation et le sentiment d’inefficacité. Les participants montrent également une augmentation significative de leurs capacités à observer leurs pensées et sentiments.
  • La seconde10, consacrée aux infirmières d’un service d’oncologie, montre également que l’art thérapie est efficace à améliorer les trois grandes manifestations symptomatiques du burnout chez le personnel.
  • La troisième11, consacrée aux employés, suggère que l’art thérapie est une approche préventive qui permet aux personnes de comprendre le stress, de gérer leur anxiété et de trouver des manières appropriées pour faire face au stress.

L’art thérapie un moyen efficace pour prévenir et accompagner le burnout ?

Le burnout est un phénomène complexe qui surgit lors d’une trop longue exposition au stress sans possibilité de se ressourcer. C’est le résultat d’un manque d’alignement, d’un décalage continuel entre l’individu et son environnement de travail qui le force constamment à dépenser de l’énergie pour s’adapter.

Les causes et les pistes de travail se situent principalement à deux niveaux – au niveau de l’individu et de l’entreprise. Sur le plan individuel, il est important que l’approche suivie permette à la personne de reprendre contact avec elle-même, avec son ressenti, ses sensations, ses émotions afin qu’elle puisse à l’avenir vivre plus en harmonie avec elle-même.

La médiation artistique présente un intérêt certain car elle permet à l’individu de mobiliser à la fois ses ressources perceptives, émotionnelles, intuitives et mentales. Créer devient un moyen de s’exprimer, de mieux se connaitre, de se rapprocher de soi et de se réparer. Différentes études mettent en évidence son efficacité.

Le burnout est une expérience marquante, difficile à vivre, mais qui donne aussi l’occasion de se remettre en question. Bien accompagné, l’individu peut la traverser, faire le point et repartir dans la vie en ayant fait des choix qui sont plus en harmonie avec sa nature profonde.


Natacha PIROTTE, art thérapeute certifiée, www.artnme.be

art ‘n’ ME propose différentes formules d’ateliers, dont le trajet « Se reconstruire après un burnout ».

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  1. Securex. Stress & burn-out : Menace pour les travailleurs… et les employeurs ? White paper, 02/15.
  2. Chabot P. (2013). Global burnout. PUF
  3. Légeron (2008 ) . Le stress professionnel : La réalité et les enjeux du stress au travail. L’information psychiatrique, vol. 84, n° 9, p. 809-826
  4. Maslach C. & Jackson S. (1981). Measurement of experienced burnout . Journal of occupational behavior, Vol. 2, 99-113
  5. Reynolds, Nabors, and Quinlan (2000) The effectiveness of art therapy: Does it work? Journal of the American Art Therapy Association, 17(3), 207–213.
  6. Hartz & Thick (2005). Art therapy strategies to raise selfesteem. Journal of the American Art Therapy Association, 22(2), 70–80.
  7. Slayton, D’Archer, and Kaplan (2010) Outcome Studies on the Efficacy of Art Therapy: A Review of Findings. Journal of the American Art Therapy Association, 27(3) pp. 108-118
  8. Gabriel & al (2001). Art therapy with adult bone marrow transplant patients in isolation: a pilot study. Psycho-Oncology Volume 10, Issue 2, pages 114–123
  9. Potash & al (2013). Art Therapy Approach to Burnout Reduction for Hospice and Palliative Care Workers
  10. Italia & al. (2008). Evaluation and art therapy treatment of the burnout syndrome in oncology units. Psycho-Oncology, 17 (7), 676-680.
  11. Arija Bake & al. (2010). Effects of art therapy on stress and anxiety of employees. Proceedings of the Latvian Academy of Sciences, Sect. B, Vol. 64.
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